Rassemblement « Vie et Lumière » à Couvron : Les élus de l'Aisne montent au créneau contre un projet de réquisition
La colère monte dans le Laonnois. Alors que le ministère de l'Intérieur envisagerait d'installer le rassemblement national de la Mission évangélique des Tziganes de France « Vie et Lumière » sur l'ancienne base aérienne de Couvron-et-Aumencourt à la fin du mois d'août, les élus locaux affichent une opposition unanime. Une manifestation est organisée devant la préfecture de l'Aisne afin de demander au gouvernement de renoncer à ce projet.
Depuis plusieurs jours, les inquiétudes se multiplient autour de l'ancien camp militaire de Couvron. Après l'étude de plusieurs sites ailleurs en France, notamment dans les Vosges et le Loiret, le terrain axonais, aujourd'hui propriété privée, figurerait parmi les emplacements encore retenus pour accueillir le rassemblement annuel de « Vie et Lumière ».
L'événement représente un défi logistique considérable : près de 6 000 caravanes et entre 20 000 et 30 000 participants pourraient converger vers le secteur durant plusieurs semaines.
« Une provocation inacceptable », selon Éric Delhaye
Pour Éric Delhaye, maire de Laon et président de la Communauté d'agglomération du Pays de Laon (CAPL), cette perspective est inacceptable.
Dans un communiqué, l'élu affirme son « opposition la plus totale » à ce qu'il qualifie de « provocation inacceptable » et de « non-sens absolu ».
Estimant que le territoire ne peut supporter un tel afflux de population, il a appelé l'ensemble des maires de la CAPL et du Pays de la Serre à se rassembler devant la préfecture de l'Aisne, écharpe tricolore sur les épaules, afin d'afficher leur unité.
À cette occasion, une lettre ouverte sera remise officiellement à la préfète de l'Aisne, Fanny Anor, à destination du Premier ministre. Les élus demandent l'abandon pur et simple de toute procédure visant à réquisitionner le site de Couvron.
Parallèlement, une réunion est programmée ce vendredi en préfecture avec Dominique Lepidi, directeur de cabinet de la ministre déléguée chargée de la Ruralité, et Philip Alloncle, préfet coordonnateur national chargé des gens du voyage. Les représentants des collectivités entendent y défendre leur position « avec la plus grande fermeté ».
Le sénateur Antoine Lefèvre interpelle le Premier ministre
Le dossier est également remonté jusqu'au sommet de l'État.
Le sénateur de l'Aisne, Antoine Lefèvre, a officiellement saisi le Premier ministre, Sébastien Lecornu, afin de lui faire part de la vive inquiétude exprimée par de nombreux élus locaux.
Dans son courrier, le parlementaire rappelle que plusieurs communes concernées estiment ne pas disposer des infrastructures nécessaires pour accueillir un rassemblement d'une telle ampleur.
Il souligne notamment que la Communauté de communes du Pays de la Serre compte moins de 15 000 habitants, soit deux fois moins que la fréquentation maximale attendue sur le site.
Selon lui, les réseaux d'eau, d'assainissement et d'électricité, les services de secours ainsi que les dispositifs de collecte des déchets seraient susceptibles d'être fortement sollicités.
Le sénateur fait également valoir que les collectivités avaient acquis l'ancien terrain militaire auprès de l'État en 2015 afin d'éviter précisément ce type d'utilisation. Le site a depuis été cédé à l'entrepreneur britannique Jonathan Palmer, qui prévoit d'y développer un projet d'éco-circuit automobile.
Dans son courrier, Antoine Lefèvre estime enfin que cette éventuelle réquisition soulèverait des questions relatives au respect du droit de propriété et rappelle que certaines précédentes éditions du rassemblement ont donné lieu, selon plusieurs élus, à des difficultés de circulation, à des dégradations et à une importante production de déchets.
Une mobilisation politique inédite
Rarement un dossier aura suscité une telle convergence entre les élus du Laonnois et du Pays de la Serre.
Maires, présidents d'intercommunalités, parlementaires et conseillers locaux affichent un front commun pour tenter de convaincre le gouvernement d'abandonner définitivement cette hypothèse.
Tous estiment qu'au-delà des contraintes logistiques, ce projet risquerait de compromettre les perspectives de développement économique engagées autour de l'ancienne base aérienne.
La préfecture reste silencieuse
Au moment de la publication de cet article, Aisne-Info a tenté de joindre le service communication de la préfecture de l'Aisne afin de connaître la position de la préfète, Fanny Anor, sur ce dossier.
Malgré nos sollicitations, aucune réponse ne nous est parvenue.
Dans l'attente d'une éventuelle décision gouvernementale, les élus annoncent maintenir leur mobilisation afin d'obtenir l'abandon définitif de cette hypothèse.
Hervé Boutelier
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