À Laon, l’avenir de « Mon Coin Brocante » suspendu au projet de réhabilitation du quartier de la gare
À Laon, l’avenir de la boutique « Mon Coin Brocante », implantée au 39 rue Jean Moulin dans le quartier de la gare, apparaît aujourd’hui incertain. Ouvert depuis le 12 octobre 2024, ce commerce atypique, devenu en quelques mois un lieu fréquenté par les amateurs d’objets anciens et de seconde main, pourrait être directement impacté par un projet municipal de réhabilitation urbaine. Son gérant, Arnaud Patat, affirme avoir découvert récemment que le bâtiment qu’il occupe pourrait être concerné par une acquisition publique suivie d’une destruction dans le cadre des futurs aménagements du secteur.
Face à cette situation, l’entrepreneur a adressé un courrier officiel au maire ainsi qu’aux élus municipaux afin de demander une révision du droit de préemption visant l’immeuble qui accueille aujourd’hui son activité. Une démarche qu’il présente comme une tentative de dialogue avant toute éventuelle procédure judiciaire.
Une reconversion professionnelle devenue projet de vie
Avant de se lancer dans l’entrepreneuriat, Arnaud Patat exerçait comme éducateur spécialisé depuis plus de vingt ans. En 2024, il décide de tourner une page professionnelle pour concrétiser un projet personnel autour de la brocante et du commerce de seconde main.
Après plusieurs mois de recherches, il découvre le bâtiment situé rue Jean Moulin. Un lieu pour lequel il dit avoir eu un véritable « coup de cœur ». L’emplacement, les volumes disponibles et le potentiel commercial du site l’incitent rapidement à se projeter dans une installation durable.
Dans cette perspective, il signe un acte unilatéral d’achat devant notaire, dans l’attente de finaliser son financement bancaire et de présenter un premier bilan comptable permettant de sécuriser définitivement l’opération.
Mais alors que son projet semblait prendre forme, le commerçant affirme avoir appris que le secteur faisait l’objet d’un projet municipal de réhabilitation susceptible d’entraîner l’acquisition puis la démolition du bâtiment.
Une annonce vécue comme un choc pour le gérant, qui estime aujourd’hui que l’ensemble de son projet professionnel et personnel se retrouve fragilisé.
Une brocante permanente qui trouve rapidement son public
Depuis son ouverture le 12 octobre 2024, « Mon Coin Brocante » s’est progressivement imposée comme un commerce singulier dans le paysage laonnois. Le concept repose sur la location d’espaces d’exposition à des particuliers qui souhaitent vendre leurs objets de manière permanente, sans avoir à tenir eux-mêmes une boutique.
Selon son gérant, l’enseigne serait aujourd’hui la seule brocante permanente de ce type à Laon.
Le succès semble rapidement avoir été au rendez-vous. Arnaud Patat évoque une fréquentation moyenne dépassant les 130 visiteurs par jour. Sur les réseaux sociaux, la boutique revendique également une communauté de plus de 4 000 abonnés sur Facebook, avec des publications atteignant régulièrement plus de 10 000 vues.
Ouverte du mardi au samedi de 10 heures à 18 heures, la boutique attire une clientèle variée composée d’habitants du territoire, de passionnés de brocante mais aussi de visiteurs et touristes de passage dans la cité médiévale.
Au fil des mois, « Mon Coin Brocante » serait ainsi devenue un point de rencontre apprécié dans le quartier de la gare.
« Un lieu de vie et d’échanges »
Au-delà de l’activité commerciale, Arnaud Patat insiste sur la dimension humaine et sociale développée autour de son commerce.
Dans son courrier adressé à la municipalité, il défend l’idée que « Mon Coin Brocante » participe pleinement à la revitalisation du quartier. Il souligne notamment l’occupation d’un bâtiment lié à l’histoire locale et la création d’un flux régulier de visiteurs profitant également aux commerces environnants.
Le commerçant met également en avant les bénéfices du modèle économique de la seconde main, qu’il considère comme un outil favorisant une consommation plus responsable, plus accessible et bénéfique au pouvoir d’achat local.
Selon lui, le développement de ce type d’activité répond à une attente croissante du public dans un contexte économique tendu et de prise de conscience environnementale.
Arnaud Patat affirme par ailleurs avoir des ambitions supplémentaires pour le site. Il indique souhaiter accueillir à terme d’autres commerçants ou artisans dans les 300 m² encore disponibles au sein du bâtiment.
Une manière, selon lui, de créer une véritable dynamique commerciale autour de ce vaste ensemble immobilier du quartier de la gare.
Une possible cohabitation avec le projet municipal ?
Si le commerçant s’oppose à une disparition pure et simple de son activité, il assure néanmoins ne pas fermer la porte à une collaboration avec la municipalité.
Dans son courrier, Arnaud Patat propose ainsi que « Mon Coin Brocante » puisse être intégrée au futur projet de réhabilitation du quartier.
Il évoque également la possibilité de céder une partie du terrain situé côté voies ferrées, soit environ 700 m², afin de faciliter les futurs aménagements urbains.
« Ensemble, nous pourrions trouver un arrangement qui serve à la fois votre projet municipal et la préservation de Mon Coin Brocante », écrit-il aux élus.
Le gérant affirme vouloir privilégier le dialogue afin d’éviter une confrontation directe avec la collectivité, tout en cherchant à préserver ce qu’il considère désormais comme un lieu identifié de la vie locale laonnoise.
Des relations initialement positives avec la municipalité
Dans ce dossier, Arnaud Patat souligne également avoir été accompagné lors du lancement de son projet par Sylvie Letot-Durande, première adjointe au maire de Laon en charge de l'attractivité du Cœur de Ville, du Commerce et de l'Artisanat.
Selon ses déclarations, cette dernière se serait montrée particulièrement enthousiaste lors de leur première rencontre en 2024. Le commerçant explique qu’elle lui aurait donné plusieurs conseils pour structurer son activité et lui aurait même recommandé un comptable.
Sylvie Letot-Durande était également présente lors de l’inauguration officielle de la boutique.
Aujourd’hui, Arnaud Patat dit toutefois s’interroger sur le fait que la municipalité connaissait peut-être déjà à cette époque les intentions de réhabilitation du quartier de la gare.
Lors d’une récente entrevue à la mairie, la première adjointe lui aurait expliqué que l’actuel cinéma de Laon ne répondrait plus aux normes actuelles, ce qui justifierait l’idée de créer un nouvel équipement cinématographique dans le cadre du futur projet urbain.
Une tension qui monte entre les deux parties
Refusant de voir disparaître son commerce sans réagir, Arnaud Patat affirme avoir fait savoir à la municipalité qu’il envisageait de porter l’affaire devant la justice administrative.
Selon le gérant, Sylvie Letot-Durande lui aurait alors répondu : « si vous allez devant le tribunal, vous avez perdu d’avance ».
Une phrase qui témoignerait, selon lui, de la difficulté du bras de fer qui pourrait désormais s’engager entre le commerçant et la collectivité.
En attendant une éventuelle réponse municipale, l’avenir de « Mon Coin Brocante » reste donc suspendu aux arbitrages autour du vaste projet de réhabilitation du quartier de la gare.
Une affaire qui pourrait rapidement dépasser le simple cadre commercial pour devenir un véritable sujet de débat local autour de la revitalisation urbaine, de la préservation des activités indépendantes et de la place du commerce de proximité dans les futurs aménagements de la ville.
Hervé Boutelier
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